
Dans ce film de 1936 (avant-dernier du cinéaste), on retrouve plusieurs éléments caractéristiques de son style : la vengeance, la manipulation, le vol de bijoux et la longue séparation d’un père et de sa fille à cause de la monstruosité supposée de celui-là.
Ce qui surprend un peu, c’est le postulat - purement fantastique, ce qui est rare chez Browning - de la miniaturisation, et l’esthétique de série B avec couple de savants fous (on remarquera la mèche blanche dans la chevelure noire de la femme, piquée à la fiancée de Frankenstein) et effets spéciaux à base de transparences et de décors à l’échelle – plutôt réussis d’ailleurs.
Le ton sombre, tragique, voire cruel de Browning est bien là, mais ce qui change, c’est le statut du personnage principal : comme dans Le Club des trois, il se déguise en vieille femme innocente pour commettre ses crimes.
Comme dans The Blackbird, il vole des bijoux et manipule son entourage pour arriver à ses fins. Comme dans West of Zanzibar, il cherche à se venger de ceux qui ont causé une séparation irrémédiable avec sa fille.
Mais contrairement aux personnages campés par Lon Chaney dans ces trois films, Lionel Barrymore est innocent et devient coupable, criminel, afin justement de prouver son innocence aux yeux de sa fille, elle qui depuis son enfance a appris à haïr ce père qu’elle ne connaît pas et qu’elle croit coupable. Ironie du sort, lorsqu’enfin il se sera réhabilité aux yeux de celle ci, il ne lui restera plus qu’à mourir pour expier les crimes dont il s’est rendu coupable par vengeance. Il est devenu un monstre, et il en a conscience.
The Devil Doll n’est pas le plus grand film de Tod Browning : dans la période parlante, Freaks le dépasse largement, et son chef-d’œuvre tragique, The Unknown, est loin derrière lui.
Cependant, je sais gré à Carlotta de l’avoir sorti, tant ses films sont invisibles. Seuls quatre d’entre eux existent aujourd’hui en DVD (toutes zones confondues), dont l’un (Outside The Law, un polar moyen qui compte la première apparition de Lon Chaney chez Browning) dans une de ces éditions de bazar, que l’on achète à un euro et qui le valent à peine.…
Et que fait-on du Club des trois, The Blackbird, The Show, Road of Mandalay, West of Zanzibar, The Mystic, Where East Is East?
Tous ces films méritent, aux yeux d’un cinéphile, autant d’attention que ceux de Murnau, chouchou des éditions MK2.
J’attends donc, et de pied ferme, que Carlotta poursuive vaillamment son travail de ressortie, avec d’autres titres et surtout des éditions DVD de qualité, afin de redécouvrir dans de bonnes conditions un des plus grands cinéastes du muet…

















The Wire, saison 2, est une série américaine créée par David Simon et produite par HBO, datant de 2003, soit la grande époque des séries américaines.
Deux récits bruts, ancrés dans le réel le plus terre à terre, celui des doigts gelés, des machines et de la précarité du travail, qui ont comme même objectif la création d’une esthétique poétique (Dernier maquis, dont les Cahiers du cinéma relèvent avec justesse la musicalité), voire militante (The Wire est une excellente analyse des dysfonctionnements de la société américaine), à partir d’un même matériau documentaire : les souffrances et difficultés de la classe ouvrière occidentale, et des hommes qui la composent. 
