mercredi 31 mars 2010

Le quotidien n'est pas sale

Outre leurs personnages principaux, sortes d'alter ego de leurs auteurs respectifs, Damien Odoul et Bertrand Bonello - cinéastes au seuil de la quarantaine, cherchant un remède à leur désarroi dans des expériences transgressives, poétiques, sensualistes -, tous deux interprétés par Mathieu Amalric, L'Histoire de Richard O. et De La Guerre, sortis à quelques mois d'intervalle, partagent une foule de préoccupations communes.
La veine dionysiaque, la question du sexe (chez Odoul, sous l'angle de l'épuisement, dans une fuite en avant tragi-comique ; chez Bonnelo, dans une acception plus codée, cérémoniale) et plus largement celle du corps, par le biais de l'exercice physique (la transe, la lutte greco-romaine). Le constat d'un échec de la psychanalyse à solutionner, seule, les maux de l'âme (alternative, en somme, aux films que Desplechin tourne avec le même Amalric). La quête d'une présence accrue au monde, et dont la condition serait, paradoxalement, le retrait de la société (il faut voir le courageux Olivier Père tenter d'aborder le sujet en conférence de presse, à Cannes, aux côtés d'un Guillaume Depardieu franchement désagréable), le plus étonnant étant sans doute la façon dont les deux auteurs envisagent l'héritage de 68, année de leur naissance : la libération sexuelle trouve chez Richard un prolongement névrotique, et l'expérience communautaire tourne, pour Bertrand, au vinaigre sectaire ; dans le fond, c'est l'idée même d'un salut par le collectif que les oeuvres disqualifient, au profit d'une petite tambouille individuelle.

Leurs préoccupations, leurs expériences peuvent toucher. Elles peuvent aussi, à la longue, agacer. Quoi qu'il en soit, il faut alors les rapporter à celles, complémentaires, esquissées en quelques séquences, de leurs compagnes respectives (les excellentes Ludmila Ruoso et Clotilde Hesme). L'une est libraire, l'autre disquaire. Elles trempent dans l'art, le distribuent, mais ne le pratiquent pas. Elles observent à distance, avec autant de bienveillance que d'inquiétude, les errances de leur compagnon et, sans jamais les juger, cherchent à les comprendre. Elles attendent, patientes, qu'ils reviennent de la guerre.
Eux, que leur reprochent-ils ? De tenir la boutique, ou de s'accommoder des structures sociales ? De vouloir un enfant, d'en accepter l'idée ? D'être du côté de la santé ?

La simple et jolie chose qu'elles nous apprennent : le quotidien n'est pas sale.

Balthazar Castiglione

mardi 16 février 2010

top aliments 2009


Voici le traditionnel top des aliments de l'année passée. Il vient avec un peu de retard, Les Cahiers du Cinéma (le mc do en n°1 ? vraiment ?), Lire et Le Monde Diplomatique (encore du choux) ont déjà publié les tops de leur rédaction. Je ne vous cache pas que le choix a été difficile car ça a été une année très très bonne question aliments. Qu'ils viennent de producteurs indépendants ou de grosses majors de l'agro-alimentaire, qu'ils soient bios ou bourrés de pesticides. Une année exceptionnelle. Les papilles ont pris leur pied.

1. le pain. C'est un basique, mais un basique qui illumine un repas, il accompagne tous les plats. On peut compter sur lui et ses variétés sont nombreuses.
2. ail. Indispensable : cru, frit, cuit dans une soupe, rissolé avec des pâtes, une merveille.
3. l'huile d'olives. Toujours championne du monde, elle dore et parfume, c'est la reine.
4. le thé. Vous connaissez ma passion ; énorme diversité, année exceptionnelle ; thé vert, oolong, attention subdivision : dan cong, yan cha, gao shan cha. Et pu-erh bien sûr. Subtilité et puissance.
5. le chocolat. Noir de préférence, mais je prends toutes les couleurs, indispensable à l'équilibre, indispensable à ma photosynthèse personnelle. Un plaisir, à manger seul, à partager.
6. le lait de riz. Un truc pas trop mainstream mais bien agréable ; il est bon parfois de faire un peu de pub à des petits débutants.
7. les lentilles. Ah ah et oui je ne les oublie ces bonnes vieilles lentilles, c'est mon côté lo-fi. Facile à faire, quand je travaille c'est parfait, elles tiennent bien au corps et c'est encore mieux mélangé avec du riz : indian style.
8. la betterave. Ok là je fais mon fier, c'est de l'indie super indus, hardcore mais parfois c'est pas mal. Votre métabolisme s'en souviendra.
9. le camembert. Il fallait un fromage ; j'aurais pu choisir le roquefort ou un bon fromage de chèvre sec. Impressionnant. Un monument accessible.
10. le mix purée de noisettes et miel. Bravo les abeilles et à bas les écureuils ! voilà ma politique. Sur une tranche de pain ce mix est une merveille au petit déjeuner et au goûter.

lundi 11 janvier 2010

Le top des tops

La grosse tête, les auteurs de la petite marchande de bombes ? Se prenant pour une entité reconnue (c'est-à-dire lue) de la blogosphère, ils éditent aujourd’hui leur

TOP 10 CINEMA 2009

Nous avons fait la moyenne des tops des six auteurs réguliers de ce blog (Berlin Belleville s’excuse mais il n’a pas vu dix films en 2009 ; il y en a qui ont de véritables occupations), afin de repérer une éventuelle ligne générale, esthétiquement parlant. Inutile de dire qu'il n'y en a pas. Bien sûr, le réseau amical fait que nous sommes allés en masse voir certains films, que parfois nous n’aurions pas vu sans les recommandations de l’un ou de l’autre. Ce qui évidemment, favorise certains films. Cela ne nous empêche pas, en bon professionnels des listes (voir ici) d’avoir rédigé celles ci avec sérieux et conscience, et chacun notre personnalité.
A part ça et pour faire (très) vite, on notera une dominante animation, avec ses diverses techniques (Mary & Max, Là-Haut, Ponyo), face à une dominante indie, avec ses diverses nationalités.
Dans l’ensemble, les Grands Cinéastes, présents dans tous les tops des revues officielles (Resnais, Eastwood, Coppola, et le petit Tarantino, qui, apparemment, a rejoint le club), sont absents chez nous.

Rebelles, les auteurs de la petite marchande de bombe ?

1. MORSE
(Tomas Alfredson)
2. WENDY & LUCY
(Kelly Reichardt)
3. FISH TANK
(Andrea Arnold)
4. LE TEMPS QU'IL RESTE
(Elia Suleiman)
5. LE ROI DE L'EVASION
(Alain Guiraudie)
6. MARY AND MAX
(Adam Elliott)
7. LEGER TREMBLEMENT DU PAYSAGE
(Philippe Fernandez)
8. MAX ET LES MAXIMONSTRES
(Spike Jonze)
9. PONYO SUR LA FALAISE
(Hayao Miyazaki)
10. FROZEN RIVER
(Courtney Hunt)

Et voici les tops commentés de chacun des auteurs.

L’ANONYME DE CHATEAU ROUGE

L'année 2008 s'est soldée par la fin d'une histoire d'amour et la mort de mon père. L'année 2009, j'en ai fait l'année de l'amour et de la vie, j'ai vécu intensément, j'ai privilégié le plaisir au travail, l'espoir de la lutte plutôt que le fatalisme paresseux. Tout ce que j'ai aimé en 2009 finalement se résume à ce que vouloir vivre veut dire :
L'amour,
La politique,
La famille,
La camaraderie,
La transmission,
La mort.

Le cinéma, c'est la vie. La vie n'a aucun sens, le cinéma non plus. C'est à nous de lui en donner un. Les films que j'ai aimé m'ont touché parce qu'ils se sont adressés à moi. Au bon moment. Le hasard fait qu'ils ont tous d'indéniables qualités artistiques. Ils viennent d'horizons différents, sont des films hollywoodiens, des films japonais, danois ou des petits films français. Pas de frontière animation et acteur en chair et en os, du moment que la vie sort de l'écran. Ils se veulent aussi populaires et c'est un des aspects pour moi le plus important. Le cinéma se doit d'être populaire. C'est un art populaire et c'est ce qui en fait sa noblesse et ce qui me plait également politiquement.

1 : MORSE de Tomas Alfredson
2 : LA PROPOSITION de John Illcoat (scénar de Nick Cave)
3 : MARY AND MAX d'Adam Eliott
4: CHE (les deux parties) de Steven Soderbergh
5 : PONYO SUR LA FALAISE de Hayao Miyazaki
6 : TOKYO SONATA de Kiyoshi Kurosawa
7 : PUBLIC ENNEMIES de Michael Mann
8: THE WRESTLER de Darren Aronofsky
9: LES DERNIERS JOURS DU MONDE de Jean-Marie Larrieu, Arnaud Larrieu
10: LA-HAUT de Pete Docter, Bob Peterson

BALDASSARE CASTIGLIONE






1. Wendy & Lucy
2. Fish Tank
3. Le Temps qu’il reste
4. Morse
5. Girlfriend Expérience
6. The Informant !
7. Le Roi de l’évasion
8. Léger tremblement du paysage
9. Ce Cher mois d’août
10. Irène

Plus de précisions ici


TOXICAVENGERESSE







1. Wendy & Lucy
2. Fish Tank
3. Rachel se marie
4. Vincere
5. Morse
6. Le Roi de l’évasion
7. Frozen River
8. Léger tremblement du paysage
9. Démineurs
10. Very Bad Trip

Plus de précisions


MARTIN PAGE
1. Mary & Max : héros dépressif et héroïne inadaptée, ce film était pour moi -brillant, délicat, superbe, une idée par plan. Une oeuvre d'art c'est de l'imagination qui nous parle du réel.

2. Morse : Comment concilier impossibilité de vieillir, amour et pull en grosse laine. Excellent film, qui hante.
3. Max et les maximonstres : le meilleur Jonze. Film riche et complexe, sur les monstres que nous avons en nous.
4. Funny People: Honnêtement ce n'est pas terrible. Bonne première partie, le reste est de la guimauve conventionnelle. Cela aurait pu donner un grand film, dommage, et puis il y a un beau personnage féminin (la comique) à peine exploité. En même temps c’est troublant si on voit dans Adam Sandler comique talentueux, mais acteur de mauvais films, un autoportrait d’Apatow, réalisateur talentueux qui maintenant riche et célèbre est rattrapé par la conformité. Fantasme de mort pour être lavé de ce succès qui le paralyse. Un film intéressant mais raté donc, un film symptôme. Mais politique des auteurs oblige : je défends.
5. Whatever works
: très bon film mal fichu, un tel film pourrait donner lieu à mille pages d'analyse. Que dis-je. Un tel film pourrait devenir la constitution d'un pays, la charte des nations unis (bon ok dans ce cas ça serait le bordel).
6. Ponyo sur la falaise
: un film en cachemire
7. Les grands frères
: subtil et délicieux film sur les inadaptés, grands et petits, excellents dialogues.
8. Frost/ Nixon
: film passé inaperçu, mais passionnant, on le redécouvrira.
9. Gran Torino
: il faut ne pas être de gauche pour avoir cru que ce film était de droite.
10. Coraline
: le film que je n'ai pas vu mais que j'aurais aimé

Meilleure ressortie : Harold et Maude


SADOLDPUNK

Malgré tous mes efforts, j’ai encore raté de nombreux films cette année, qui me paraissaient importants ou qui, en tout cas, me donnaient envie. Je pense notamment à Tulpan, Z32, Girlfriend Experience, Mary and Max, Singularités d’une jeune fille blonde, A l’origine ; tant pis.
J’ai aussi écarté ou manqué volontairement plusieurs « évènements », gros films (2012), grands cinéastes.
Mon top est donc, autant que par mes choix, façonné par les manques et les ratés de mon année cinéma. Néanmoins, quelque chose se dessine, une sorte d’internationale des petits films (3 américains, 3 français, 1 palestinien, suédois, anglais, japonais), des petits budgets (mon blockbuster de l’année : Max et les maximonstres), voire des « petits sujets ».
Mais des petits sujets au plus proche de la vie, et qui rendent hommage à des personnages solitaires et parfois singuliers. En tout cas, de la déambulation low-fi de Wendy & Lucy au vampire moderne de Morse en passant par les infusions de science de Léger tremblement du paysage, il s’agit, pour moi, de valoriser les expériences de cinéma très personnelles, celles qu’on est prêt à défendre jusqu’au bout.

1. Wendy & Lucy (Kelly Reichardt)
2. Irène (Alain Cavalier)
3. Le Temps qu’il reste (Elia Suleiman)
4. Morse (Tomas Alfredson)
5. Max et les maximonstres (Spike Jonze)
6. Le Roi de l’évasion (Alain Giraudie)
7. Fish Tank (Andréa Arnold)
8. Léger tremblement du paysage (Philippe Fernandez)
9. Tokyo Sonata (Kiyoshi Kurosawa)
10. Frozen River (Courtney Hunt)

Suivis de très près par des concurrents sérieux :
Ce Cher mois d’août (Miguel Gomez), Démineurs (Kathryn Bigelow), Hadewijch (Bruno Dumont), Winnipeg mon amour (Guy Maddin), Canine (Yorgos Lanthimos).

Ma ressortie de l’année : Les Poupées du diable (Tod Browning, 1936)
Déception de l’année : The Limits of Control (Jim Jarmush)


FERNET BRANCA

Voici, pour commencer, les 10 raisons en raison desquelles je n'aime pas les Top Ten.


1. Ce n'est qu'une façon de montrer ses muscles : « Eh, les copains ! Cette année j'ai vu 8 753 films et, je peux vous le dire, le meilleur, c'est L'étrange histoire de Benjamin Button. Sans déc ! ». Je suis parfois ravi de pouvoir montrer les miens.
2. Nul n'est tenu d'avoir vu les films : « Eh, les amis ! Cette année, j'ai vu 4 films. Voici les 10 meilleurs. Sans mentir ! » Je pourrais parfaitement ne voir aucun film et dire, jusqu'à me disputer, quels sont les plus intéressants et les plus beaux.
3. J'aime Le Chant des oiseaux et The Proposition à part égale. Je sais simplement qu'ils ne pénètrent pas en moi pas par la même porte, qu'il y a dans mon corps et dans mon pauvre esprit des endroits qui n'existent pas encore où certains films entrent afin qu'ils soient. Qu'en me traversant, ils ne passeront pas par les mêmes chenaux intellectuels et émotionnels, que chacun laissera, à l'image des larmes, de minuscules ridules, des sillons dont je ne mesurerais jamais tout à fait l'étendue, à quelle profondeur ils descendent. Opposer les films les uns aux autres reviendrait à mettre en concurrence mon propre corps avec lui-même.
4. Les films ne sont pas vus et parfois même pas du tout. Sans rire, qui a vu Léger tremblement du paysage de Philippe Fernandez, l'un des films les plus singuliers de l'année ? Ne mentez pas, je travaille au CNC, lis Le Film Français et sais, à l'unité près, combien le film a réalisé d'entrées.
5. Et quand ils sont vus, ils ne sont pas compris. Si vous ne me croyez pas écoutez Le Masque et la plume
lisez Les Inrocks, Tecknickart, Chronicart, La vie du kart, La Vie du rail, le magazine d'Air France et du TGV, Evene.fr et Le Figaro, Les Fiches du Cinéma, de la Cuisine, du Bricolage et du Jardinage, La Gazette des aveugles, Paris Sourds, Télérama, Libération, Le Monde et tout ce que vous voulez… Ils se valent tous.
parlez-en avec Sidy - critique de film, Doctor ès cinéma, maître de conf. à l'Université de la Cécité
et vous pourrez, à votre tour, le vérifier. Il n'y a que moi qui comprend les films, je suis le seul. Le cinéma ne fait que me renvoyer à ma solitude.
6. D'une manière générale, c'est une illusion de penser qu'on voit les mêmes films. On ne revoit pas davantage les mêmes films. Il arrive souvent qu'on distingue le cinéma du spectacle vivant, la certitude chevillée au corps qu'on ne verra jamais deux fois la même pièce de théâtre. Qu'en revanche, on peut revoir autant de fois qu'on le désire le même film, qu'il suffit d'appuyer sur la touche “Play”. Ceux qui le pensent ne comprendront jamais rien au cinéma. Le cinéma est vivant, changeant, instable et mouvant. Bien plus vivant que nous le sommes et le serons jamais. Chaque soir, les films vivent sur les écrans et meurent dans la rétine des spectateurs. De façon toujours mystérieuse et chaque fois différente.
7. Ces listes ne servent qu'à évaluer l'instinct grégaire, à mesurer le degré d'appartenance à une tribu où se partageraient, sinon des valeurs, des goûts, des humeurs… De vertigineux problèmes de glandes lymphatiques en somme.
8. Les classer par ordre de préférence est encore plus absurde. A chaque fois qu'il sortait sa petite monnaie de sa poche, l'un de mes amis classait les pièces dans sa main, parfois par valeur, à d'autres reprises par diamètre. Pour finir naturellement par les remettre dans la poche. Dresser un Top Ten, c'est le même geste.
9. C'est un truc d'époque, d'inflation capitaliste, un effet du libéralisme pur et dur qui ne comprend le monde et ses propositions qu'en les dressant les unes contre les autres. Une hiérarchie de besogneux, un babil infantile, un casse-tête pour attardés.
10. Cela ne raconte rien, pas le moindre effet de sens… Cela ne nourrit personne. Tout se vaut, tout s'annule. Un Top Ten, c'est un tue-le-cinéma comme il y a des tue-l'amour. Si j'avais pour ambition de faire un film, la perspective de voir celui-ci figurer dans un top ten élaboré sur un coin de nappe par des morveux incultes me dissuaderait sans aucun doute.

Voici dix des films que je retiens de cette épouvantable année 2009 (année atroce, que ce soit que ce soit sur le plan politique, social, personnel, amoureux et financier). Je refuse catégoriquement de les classer. Ce ne sont peut-être pas les meilleurs (ce qui ne veut rien dire) ni les plus beaux (ce qui ne veut rien dire non plus). Je crois qu'ils méritent simplement d'être vus.

Par ordre de sortie sur les écrans français :

Frozen River de Courtney Hunt (7 janvier)
Le Chant des oiseaux (El Cant dels ocells) de Albert Serra (21 janvier)
Z 32 de Avi Mograbi (18 février)
Inland (Gabbla) de Tariq Teguia (25 mars)
Wendy et Lucy (Wendy and Lucy) de Kelly Reichardt (8 avril)
La Femme sans tête (La Mujer sin cabeza) de Lucrecia Martel (29 avril)
Ce Cher mois d'août (Aquele Querido Mes de Agosto) de Miguel Gomes (17 juin)
Le Roi de l'évasion de Alain Guiraudie (15 juillet)
Le Temps qu'il reste (The Time That Remains) de Elia Suleiman (12 août)
Léger tremblement du paysage de Philippe Fernandez (26 août) Où étiez-vous le 26 août, qu'aviez-vous de mieux à faire ?

Et aussi, Irène, Les Chats persans, Vincere, Au voleur, A propos d'Elly, The Proposition, The Girlfriend Experience

La meilleure reprise : Le Petit fugitif
Le faux/bon film de l'année : Le Ruban blanc

L'ART EST INCLASSABLE !

Quel enseignement tirer de l'année ? Prendre conscience qu'une nouvelle fois les films les plus étonnants, les plus atypiques, les plus novateurs et les plus personnels n'ont pas rencontré le public. Et dans bien des cas, pas même le leur. Tristesse et mélancolie. Les producteurs - dont on dit si souvent pis que pendre - sont plus audacieux, plus curieux et plus intéressant que le public, cette saloperie.

jeudi 19 novembre 2009

Irène


J'ai revu récemment, avec un immense plaisir, les derniers entretiens de Serge Daney dans le documentaire Itinéraire d'un Ciné-fils. Il parle de son enfance de cinéphile-topographe ("pour moi l'image fondamentale, c'est la carte du monde"; "le cinéma c'est la promesse de faire un jour partie du monde"), de son expérience de critique aux Cahiers du cinéma (les années 70) puis à Libération (1981-1986). Il décortique et démonte la télévision, qui parle à tout le monde et donc à personne, de partout et donc de nulle part ("la télévision, c'est comme un gros téléphone d'hôpital").
Et puis il parle des nouvelles technologies, de l'apparition des images de synthèse (on est en 1992, Terminator 2 est encore tout chaud) avec un certain scepticisme, se demandant si le cinéma n'est pas arrivé au bout de quelque chose. En même temps, rappelant l'enthousiasme de Bazin pour la couleur, puis pour le Cinémascope, puis pour le cinéma en 3D (qui explose aujourd'hui, Cameron, encore), il dit: "Un cinéaste doit croire en l'avenir de son outil, sinon il est foutu".

C'est le cas d'Alain Cavalier, qui tourne depuis 10 ans ses films avec une seule caméra mini DV, la même qui sert aux étudiants en cinéma pour tourner leurs pochades entre copains (je sais de quoi je parle), la même qui sert au français moyen pour filmer ses vacances ou le mariage du cousin.
Irène est donc un film minuscule, sans budget, et qui plus est sans acteurs, si ce n'est quelques photos, une apparition humaine fugitive, et la voix-off de Cavalier qui nous raconte son histoire. Des images de chambres d'hôtels, portes, fenêtres, couloirs vides... et pourtant, il y a plus de cinéma dans cet essai, autobiographique et minimaliste (bouleversant de pudeur et d'intimité établie avec le spectateur, qui est comme "invité" par Cavalier à rentrer dans le film) que dans le dernier Terry Gilliam (qui est loin d'être honteux). Et ceci parce que, quel que soit l'outil, sa technique d'utilisation, sa qualité visuelle, son avenir, ce n'est pas lui qui fait l'essence du cinéma. Lorsqu'il est maîtrisé, par un technicien, par un "maître", l'outil produit ce que Daney appelle de l'image: la publicité ou les productions Besson.
Le cinéma, c'est autre chose: pour Daney, c'est du temps, la création d'un temps propre au film. Et celui qui crée la temporalité de son film, c'est nul autre que le cinéaste.
Alain Cavalier en est un , assurément.

mardi 1 septembre 2009

L'inconnu


Après un mois sans cinéma (On ne compte pas la deuxième moitié de Blow Up projeté en plein air sur un camion, et Repo ! The Genetic Opera sur un drap dans un jardin ; Montréal est une ville étonnante) je me suis précipité cette semaine à l’Action Ecole pour découvrir la ressortie de The Devil Doll, avant-dernier film de Tod Browning, avec Lionel Barrymore dans une histoire de poupées humaines manipulées et diaboliques.
Dans ce film de 1936 (avant-dernier du cinéaste), on retrouve plusieurs éléments caractéristiques de son style : la vengeance, la manipulation, le vol de bijoux et la longue séparation d’un père et de sa fille à cause de la monstruosité supposée de celui-là.
Ce qui surprend un peu, c’est le postulat - purement fantastique, ce qui est rare chez Browning - de la miniaturisation, et l’esthétique de série B avec couple de savants fous (on remarquera la mèche blanche dans la chevelure noire de la femme, piquée à la fiancée de Frankenstein) et effets spéciaux à base de transparences et de décors à l’échelle – plutôt réussis d’ailleurs.
Le ton sombre, tragique, voire cruel de Browning est bien là, mais ce qui change, c’est le statut du personnage principal : comme dans Le Club des trois, il se déguise en vieille femme innocente pour commettre ses crimes.
Comme dans The Blackbird, il vole des bijoux et manipule son entourage pour arriver à ses fins. Comme dans West of Zanzibar, il cherche à se venger de ceux qui ont causé une séparation irrémédiable avec sa fille.
Mais contrairement aux personnages campés par Lon Chaney dans ces trois films, Lionel Barrymore est innocent et devient coupable, criminel, afin justement de prouver son innocence aux yeux de sa fille, elle qui depuis son enfance a appris à haïr ce père qu’elle ne connaît pas et qu’elle croit coupable. Ironie du sort, lorsqu’enfin il se sera réhabilité aux yeux de celle ci, il ne lui restera plus qu’à mourir pour expier les crimes dont il s’est rendu coupable par vengeance. Il est devenu un monstre, et il en a conscience.

The Devil Doll n’est pas le plus grand film de Tod Browning : dans la période parlante, Freaks le dépasse largement, et son chef-d’œuvre tragique, The Unknown, est loin derrière lui.
Cependant, je sais gré à Carlotta de l’avoir sorti, tant ses films sont invisibles. Seuls quatre d’entre eux existent aujourd’hui en DVD (toutes zones confondues), dont l’un (Outside The Law, un polar moyen qui compte la première apparition de Lon Chaney chez Browning) dans une de ces éditions de bazar, que l’on achète à un euro et qui le valent à peine.…
Et que fait-on du Club des trois, The Blackbird, The Show, Road of Mandalay, West of Zanzibar, The Mystic, Where East Is East?
Tous ces films méritent, aux yeux d’un cinéphile, autant d’attention que ceux de Murnau, chouchou des éditions MK2.
J’attends donc, et de pied ferme, que Carlotta poursuive vaillamment son travail de ressortie, avec d’autres titres et surtout des éditions DVD de qualité, afin de redécouvrir dans de bonnes conditions un des plus grands cinéastes du muet…
Sadoldpunk

mardi 21 juillet 2009

Faux frères

Sortis respectivement en 1996 et 1999, Fargo de Joel et Ethan Coen, et Un Plan Simple de Sam Raimi se ressemblent de loin comme deux frères qui partagent à priori le même ADN.

Pour commencer, Sam Raimi et les frères Coen sont de bons potes ayant collaboré sur plusieurs projets : Les Coen sur le scénario de Mort sur le grill, réalisé par Raimi en 1985, et celui ci sur le scénario du Grand Saut, réalisé par les Coen Bros en 1994. Leurs univers, faits de références (aux polars et plus généralement à la série B) et d'auto-dérision, ont été très proches durant toutes les années 80: il suffit pour s'en convraincre de comparer l'humour cartoonesque dela trilogie Evil Dead et de Arizona Junior.
Quant aux films dont nous parlons ici, ils exhibent les mêmes signes extérieurs : appartenant au genre du polar, situés tous deux dans le nord enneigé des Etats-Unis (plus précisément le Minnesota, dont sont originaires les Coen, pour Fargo), ils mettent en scène l’interaction d’une valise pleine de billets et d’une famille américaine provinciale typique, qui éclate sous l’effet de l’accumulation de plans foireux menant tout droit à un finale forcément catastrophique et meurtrier.

Pourtant, malgré ces parallèles importants, les deux films sont au fond bien différents : dans l’écriture des personnages, dans le ton adopté et surtout dans la mise en scène de la catastrophe inéluctable.

Sixième film des frères Coen, Fargo poursuit leur travail de réflexion/citation sur le polar, après Blood Simple et Miller’s Crossing. On retrouve leur humour typique, grinçant et très noir, notamment dans les rapports entre les deux ravisseurs, deux bandits minables ne pouvant s’exprimer que par la violence (verbale et essentiellement menaçante pour l’un ; muette et radicale pour l’autre).

Les personnages sont construits, pour la plupart, comme des figures de caractères, presque des caricatures : les voyous stupides, le père de famille commercial lâche, le beau-père castrateur…. Seul le personnage de la femme-flic, interprété par Frances Mc Dormand, échappe à la satire : intelligente et pragmatique tout à la fois, elle poursuit son enquête avec détermination, enceinte jusqu’aux yeux, tandis que son peintre de mari reste à la maison. Un beau personnage féminin, ayant la charge de porter toute l’empathie du spectateur. En effet, aucun des autres personnages ne peut ici susciter un réel attachement. C’est là un reproche fréquemment adressé aux Coen que de regarder l’humanité comme une espèce un peu pathétique, à laquelle ils n'appartiendraient pas, s’agitant dans des actions toujours vaines. Ce reproche n’est pas infondé, mais là n’est pas la seule composante de leur cinéma.
En effet, cette écriture plutôt sèche s’accompagne d’une mise en scène extrêmement précise (peu de plans, découpage au cordeau, sobriété de l’ensemble, musique à la fois dramatique et discrète de Carter Burwell), soulignant le fatalisme du propos : dans Fargo, l’accumulation de catastrophes vient pour l’essentiel du déroulement inéluctable du Destin.
La décision originelle (l’enlèvement d’une femme organisé par son mari) ne peut mener qu’à un résultat désastreux et meurtrier, le personnage qui a organisé cet enlèvement n’ayant absolument aucun contrôle sur le cours des événements. Sa lâcheté fondamentale (face à son beau-père, face aux hommes qu’il a engagé ; face à son fils) fait que rien ne pourra évoluer dans le bon sens. Et ce n’est pas la bonne volonté de la policière qui changera quoi que ce soit.
C’est là la position critique des frères Coen par rapport à leur(s) personnage(s), qui emmène le film sur le territoire de la fable morale. Le rôle du personnage de Frances Mc Dormand serait alors de témoigner de la folie de ses contemporains.
Le hiatus que l'on peut cependant noter est le suivant : les frères Coen se positionnent en moralistes constatant la navrante bassesse de leurs congénères, mais ne leur laissent en même temps aucune marge de manœuvre, puisque la mécanique implacable (et impeccable) est réglée d’avance.

Dans Un Plan Simple, l’humour est présent, mais de manière plus discrète que chez son ainé, et surtout, de manière plus réaliste : c’est à dire qu’il vient des personnages eux-mêmes (Billy Bob Thornton et son pote qui font des blagues de rednecks) et non du regard que le cinéaste porte sur eux.
Le regard de Sam Raimi est en effet plus empathique que celui des frères Coen. Il fait partager au spectateur de manière crédible, nuancée et émouvante les difficultés de deux frères à communiquer : la séquence près de la ferme parentale, où Thorton expose son rêve – impossible - d’agriculteur à son frère, est à cet égard exemplaire de finesse et d’émotion sous-jacente. A l’inverse de Fargo, seul le personnage de la femme de Bill Paxton (interprété par Bridget Fonda) peut paraître légèrement caricatural dans ses motivations.
La mise en scène conserve la patte de Sam Raimi, c’est à dire les références à la série B et à son efficacité narrative (l’apparition des corbeaux et du cadavre dès la découverte du magot, les plans sur la pleine lune, ainsi que la très belle partition désaccordée de Danny Elfman, qui amène une note angoissée à tout le film).
D’une manière générale, Raimi assume totalement le fait que son film soit un thriller , un film de suspense. Sa mise en scène, sobre et précise dans les séquences du quotidien familial, tend à créer des pics dramatiques à chaque moment important de ce « plan simple ».
Car dans ce film, l’accumulation des catastrophes est dû essentiellement à ce que l’on pourrait appeler le « défaut humain » : chaque décision prise par un personnage, qu’elle le soit sous le coup de la raison (on ne se partagera l’argent que lorsque l’avion aura été découvert), de la peur (l’assassinat du voisin curieux) ou de l’égoïsme (tout ce que sa femme souffle à Bill Paxton pour parvenir à garder l’argent pour lui seul) ajoute un terme au problème.
Ainsi, la situation de départ (trois hommes et un magot) se complexifie à chaque étape, à chaque prise de décision. Et à chaque fois, le « plan » destiné à résoudre le problème devient plus compliqué, voire tordu (l’enregistrement des aveux de Lou, par exemple), et laisse un mort de plus dans la neige.
Chez Sam Raimi, nous ne sommes donc plus dans la mécanique du hasard, mais dans la tragédie pure : les actes ont des conséquences, et chaque homme doit assumer les conséquences de ses actes, quelles qu’aient été ses raisons, ses excuses ou ses motivations. Peu après le règlement de compte avec Lou, soldé par sa mort et celle de sa femme (qui, comme les autres meurtres, n’était pas préméditée), Billy Bob Thorton se confie à son frère : « Do you feel evil ? I do. I feel evil »
Finalement, le personnage de Bill Paxton parviendra à garder sa famille (sa femme et son nouveau-né), mais au détriment de sa fratrie, puisque son frère, plus faible et plus moral, se sacrifie pour le sauver. Il tentera de se déculpabiliser en brûlant l’argent (geste tabou aux Etat-Unis, et, selon Sam Raimi, raison essentielle de l’échec du film dans ce pays), mais sa famille ne pourra plus conserver que l'apparence de la normalité.
L’écriture du scénario (Scott B. Smith a adapté son propre roman pour l’écran) est parfois ce qui fait la faiblesse du film : la volonté de créer des pics de suspense de plus en plus forts amène une tendance aux coups de théatre parfois grossiers (le faux flic du FBI qui réapparaît, la rapacité forcenée du personnage de Bridget Fonda)... Mais sa force réside dans son regard sur l’humain : les trahisons de chaque personnage trouvent un écho chez le spectateur, qui est mis en position de se demander ce qu’il aurait fait à leur place.

Ainsi, à la fin du film, le spectateur partage l’inconfort et le malaise du personnage de Bill Paxton, criminel par accident et conscient de ne plus être comme les autres, de ne plus réellement faire partie de la communauté humaine. Tandis que chez les Coen, le spectateur est conforté dans sa position d’observateur lointain des errements des personnages, et peut, en conclusion, se glisser en compagnie de Frances Mc Dormand, dans le réconfort modeste et chaleureux d’une vie vertueuse et d’une honnêteté inébranlable.
Une question de point de vue, essentielle puisqu’elle fait toute la différence entre les deux films.

Sadoldpunk

mercredi 24 juin 2009

Public Enemies

Remake de Heat grimé en biopic romantique de John Dillinger, gangster notoire des années 30, Public Enemies, le nouveau long métrage de Michael Mann, est un grand film malade qui ne fait mystère ni de ses intentions, ni de son sujet : l’industrialisation du crime, l’optimisation des bénéfices réalisés par la pègre, la description précise des procédés du libéralisme naissant dont les milieux mafieux, très vite, comprendront l’intérêt et dont ils sauront, en les appliquant méthodiquement, tirer des profits à grande échelle. En contrepoint, le film fait de Dillinger le héraut d’une geste solitaire et entêtée, rien moins qu’un anachronisme historique, et pour se montrer réfractaire aux transformations qui s’opèrent sous ses yeux, un modèle criminel lancé à tombeau ouvert sur la voie de l’obsolète. Aux yeux d’organisations criminelles structurées comme la mafia, toujours prompte à s’adapter aux métamorphoses du capitalisme, Dillinger n’est plus qu’un voyou, anecdotique mais gênant, un libertaire de la rapine, un électron libre et incontrôlable qu’il devient nécessaire de neutraliser. A l’image de Dillinger, Michael Mann n’est pas un col blanc, lui aussi carbure à l’adrénaline, à l’action rapide, à l’acmé survolté et, dans le registre du film de genre dopé à l’action violente, se perçoit à juste titre comme un marginal. Dès lors, Public Enemies fait figure de métaphore où se mettent en scène la position du réalisateur sur l’échiquier de l’industrie cinématographique, comme ses revendications en termes de marge de manœuvre et d’indépendance. Mais curieusement, c’est en tentant de réaffirmer sa singularité de cinéaste, son besoin de solitude et de liberté, que Michael Mann se montre le plus soumis aux paramètres du cinéma dominant : montage très découpé et extrêmement rapide, presque tagué, charte graphique toute entière tournée vers le chromo sépia, reconstitution “années 30” oblige… jusqu’à l’élégance de son classicisme poussé ici aux limites de la désincarnation. Vous l’aurez compris. Pour raté qu’il puisse paraître sur le plan visuel, Public Enemies n’en reste pas moins un film absolument passionnant.

Fernet-Branca.

jeudi 14 mai 2009

Rachel se marie (good for her)

Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, j’aime certains réalisateurs sans jamais pouvoir le justifier, parce qu’honnêtement, ils ne font pas de très bons films.
Je ne parle pas des réalisateurs qui ne font pas des bons films que j’aime mais de réalisateurs dont je n’aime pas les films, rien à dire, mais où je peux sentir une honnêteté à vouloir faire ce métier et plus que tout, l’envie de raconter une histoire juste et courageuse, qui malheureusement, par son sujet même, donne un film souvent fade et ennuyeux. Des mecs sympas, quoi.


Il n’y a que de très grands réalisateurs pour pouvoir s’emparer de sujets moralement parfaits et en faire de bons films. Et encore… Un mec comme Gus van Sant se débrouille pour tricoter un film correct avec Harvey Milk. Et sa caution hyper hype (en plus de son indéniable talent pour filmer une histoire, of course) le met à l’abri des acerbes remarques que tout film bien pensant récolte forcément de la part de la critique cinématographique (si il obtient un oscar, c’est la crucifixion). Fair enough.

Tout ça pour en arriver à Jonathan Demme. Ses films ne font pas date, bien qu’ils aient eu un certain succès commercial lors de leur sortie : Dangereuse sous tous rapports avec Melanie Griffith et Ray liotta, Veuve mais pas trop avec Michelle Pfeiffer, Le silence des agneaux, Philadelphia (oui, Tom Hanks a le sida, oui, son avocat est noir), Beloved, La vérité sur Charlie (j’aime bien malgré tout)… Ca ne va pas passionner les amateurs de belles images, qui regarderont plutôt Stop making sense, le concert filmé des Talking Heads, plus chic.

A côté de ça, des documentaires sur les pays pauvres, qui défendent la liberté et les droits de l’homme( Jonathan !!!). C’est pourtant devant l’un d’eux que j’ai eu la révélation. The agronomist, que j’ai vu dans un festival un peu par hasard, est un formidable documentaire sur le journaliste Jean Dominic qui revient dans son pays d’origine Haïti. Réalisé sur 15 ans, le film mêle interviews, images d’archives et offre un point de vue d’une rigoureuse honnêteté, d’une clarté de vue dans un système politique plus que complexe. S’ajoute un parfait sens de l’esthétique, humble mais malin, réaliste, souvent très beau.

Voilà pourquoi je voulais voir Rachel se marie. Demme méritait un bon film. Il est mieux que ça encore.
D’abord, il a dû se rendre compte que le réalisme lui allait bien et évacuait l’esthétique léchée, compassée et un peu ringarde de son cinéma. La caméra à l’épaule, le mélange de formats, l’aspect film amateur, son économie jouent en sa faveur et donne une bouffée d’air à la réalisation. Et puis son pêché mignon, ici le mariage « post racial » comme disent tous les journalistes depuis la victoire d’Obama, soit le mariage d’un noir et d’une blanche avec présence de toute la famille noire, se rattache à un sujet fort du film, la musique. Les deux familles se retrouvent autour d’une passion pour la musique, avec du jazz, du rock burné (le mari est le chanteur de TV on the radio), de la musique africaine…, très présente sous forme de concert filmé, musiciens dans tous les coins de l’écran, discussion de passionnés… Le quotidien de beaucoup de gens, en fait, mais que l’on retrouve rarement comme sujet exprimé d’un film.
Au-delà de ça, il se passe quelque chose de très malin, parce que le film est bien écrit. Je ne vous raconte pas exactement de quoi il s’agit pour ne pas vous gâcher les rebondissements, mais la réussite du film de famille est d’arriver à prendre le spectateur dans ses filets et qu’il ne raisonne plus à distance mais comme membre même de cette famille.
Le principe d’une famille (écoutez bien, c’est une révélation) est de figer un événement et de demander à chaque membre d’y répondre différemment. Ici, évidemment, l’événement en question est assez traumatique pour imposer à chaque membre un positionnement fort. Mais le personnage de Kim (Anne Hathaway), victime du jugement familial et seul personnage à avoir été obligé d’aller chercher un regard extérieur sur elle-même, au prix même de sa vie, renverse les données de cet événement.

Et bien, ça m’a mise sur le cul. Parce qu’une heure avait suffit à me faire entrer dans leurs problématiques et que j’en avais oublié la simple question, la plus élémentaire, le sujet du film, que pose alors Kim à sa mère, et qui déclenche les plus violentes réactions.
La dernière fois que ça m’avait fait un tel choc, c’était au ¾ de Portrait de femme (le livre d’Henry James), lorsqu’on découvre la nature de Mme Merle… Mon livre préféré, by the way…

lundi 23 mars 2009

Pause sentimentale

Pendant que Balthazar attend fiévreusement le top 30 de Martin Page, s'enquérant d'un éventuel oubli, Sad Old Punk laissera-t-il fleurir un top à chaque nouvelle note sans répliquer ? De son côté Berlin Belleville s'interroge : le top est-il une façon moderne de concevoir l'histoire?
Top et révolution, comment concilier ces concepts fondateurs de la pensée occidentale?
L’anonyme de Château Rouge, cauchemar de tous les bloggeurs de droite, planche sur le sujet…

Sad old punk me disait, il y a quelques mois, quand je réfléchissais à voix haute à une éventuelle présentation dans les formes de l’équipe de « La petite marchande de bombes », que d’une telle personnification, il n’était point besoin, tant chacun faisait l’effort d’exprimer dans chaque post une position réfléchie sur un sujet digne de ce nom.
Pulp est-il un sujet digne de ce nom ? Certainement (enfin, disons, pourquoi pas ?). Mais les tops, qui ont leur utilité en leur temps, sont un délice et une perversion, auxquels les instigateurs de ce blog cèdent trop facilement. Il leur fallait une punition. La voici.

Tout d’abord, la plupart des membres sont atterrés quant à la possible assimilation de « La petite marchande de bombes » au livre de Daniel Pennac La petite marchande de prose. Ils n’y avaient pas pensé lors de l’élaboration du nom mais un lectorat fidèle, attentif, bien que légèrement absent, le leur a fait remarquer. Vous comprendrez de vous-même d’après les articles de ce blog qu’un tel patronage horrifie les auteurs et je vous prierai de ne rien écrire pour dire, qu’en fait Pennac, c’est bien. Personne ne sera d’accord avec vous et vous deviendrez la risée de nos sardoniques auteurs. La seconde chose, avoué par une personne qui l’avait su elle-même de quelqu’un d’autre, porte sur l’origine de cette entreprise : l’un des fondateurs de ce blog ne l’a créé et alimenté que pour séduire une fille. Je comprends que vous soyez choqué, cher public absent, de n’être que le succédané d’une fille convoitée. Comment partir maintenant sur de bonnes bases ? C’est difficile.

Vous les décrire ? Ils portent pour la plupart des écharpes et des chaussures en cuir. Ils sont blonds mais aussi bruns avec quelquefois des lunettes. La plupart du temps, ils s’entendent bien mais leur amitié est traversée de sentiments fluctuants, quelquefois violents. Emportements dans le métro, crise de bisous, ils se sont battus plusieurs fois, affirmant les contours de leur virilités les uns contre les autres. Je ne dis pas qu’ils sont homosexuels, non, certes pas. C’est pire, ils sont artistes.

Leur âge ? Ils ne sont pas vieux, mais je n’irai pas jusqu’à dire qu’ils sont précoces. Si on déduisait leur âge d’après leurs habitudes de vie, comme le fait le Glamour de février, on pourrait tout de même leur reconnaître un certain courage à taper sur un clavier, avec toute cette vilaine arthrite. L’alcool les perdra presque tous, de toute façon. Ou le manque d’exercice. Eventuellement, un avis divergeant sur Brian de Palma…

Mais passons à la partie intéressante, leur vie amoureuse. Ils ont une vie amoureuse très compliquée, bien qu’ils soient majoritairement célibataires. Ils ne parlent pas aussi souvent des filles qu’ils ne parlent de faire les soldes, mais ça les occupe. Certains d’entre eux sont assez prolixes, mais il y a aussi des âmes fidèles, tandis que certains autres font leurs coups en douce.
Ce sont de doux rêveurs, plutôt.
Au sujet des filles, leurs goûts sont très différents, il serait difficile de faire une généralité sur ce point. Mais ils s’accordent sur une jolie blonde aux yeux mouillés (j’ai dit les yeux).

Côté vie sexuelle, ils peuvent très bien en raconter les détails les plus intimes au détour d’une conversation sur la prochaine révolution française, ou préférer les révélations fracassantes pour animer les fêtes de fin d’année. Au moins deux d’entre eux ont failli coucher avec deux filles en même temps. Mais ca ne s’est pas fait. Finalement.

Vous les connaissez mieux maintenant, vous pourrez les apostropher avec plus de facilité quand ils cèdent à leurs coupables délices (mais attention, ils ont le sens de l’à propos). Et si vous voulez des photos… n’hésitez pas.
Comme je vous le disais au début de ce post, ce blog est fait pour ça !

dimanche 22 mars 2009

SHEFFIELD UNITED



Je m'étais promis de parler d'un livre (Un sport et un passe-temps de James Salter ? L'Institut Benjamenta de Walser ?)... C'est raté. Hymnes baroques et glamour déglingué, science du storytelling pop et de la punchline vacharde - à quelques semaines de la parution du deuxième album de Jarvis Cocker, j'ai pensé qu'il était temps de rendre un petit hommage à mes vieux amis de Pulp.

A leur propos, Martin ne tarit pas d'éloges, ni d'anecdotes. Il vous parlera, mieux que moi, des vertus de la patience (formé en 78, Pulp n'a connu le succès qu'une quinzaine d'années plus tard) et du fait qu'en secret, une poignée de super héros sauvaient les années 80 de la déroute... Je ne partage pas son point de vue sur l'époque, et ne suis pas loin de penser - comme Simon Reynolds, l'auteur de Rip It Up And Start Again - que la période post-punk fut un nouveau golden age of pop, mais, nous sommes tombés d'accord sur le fait que His 'n' hers n'était pas un album très convaincant.

Hier, chez Nessim, je me suis demandé si Pulp jouait dans la Ligue des Champions de la pop. Sheffield (United et Wednesday) n'évoluant pas en Premier League, je dirais que la bande à Jarvis est un peu l'Arsenal de la compétition. En comparaison, The Divine Comedy serait plutôt Villareal et Radiohead, Manchester United, ou le Barça. Champion d'Angleterre en 94, Morrissey joue maintenant le maintien (et ses supporters ne comptent plus que sur un exploit en Cup des singles).
Petites comparaisons absurdes... Pas moyen de savoir, pour citer Godard de façon plus ou moins fidèle, si Lang saute plus haut que Hitchcock, ou si Kubrick court le 100m plus vite que Ford. Voici donc - après le top 62 des Kinks - , mon top 30 de Pulp et Jarvis. (Ne cherchez pas Do You Remember The First Time, Dishes ou Master Of The Universe. Ils n'y sont pas, un point c'est tout.)

01 The Fear
02 I Spy
03 This Is Hardcore
04 They Suffocate At Night
05 Separations
06 Disco 2000
07 Death Two
08 F.e.e.l.i.n.g.c.a.l.l.e.d.l.o.v.e
09 She's A Lady
10 Quantum Theory
11 The Mark Of The Devil
12 Fat Children
13 Roadkill
14 97 Lovers
15 Underwear
16 Goodnight
17 Common People
18 Wishful Thinking
19 Seconds
20 The Day After The Revolution
21 A Little Soul
22 She's Dead
23 Party Hard
24 Bad Cover Version
25 Life Must Be So Beautiful
26 There's No Emotion
27 Disney Time
28 Glory Days
29 Manon
30 Love Is Blind


Découvrez Pulp!

lundi 19 janvier 2009

meilleurs films de l'année 2008


1. Valse avec Bachir, de Ari Folman
Merveille d'intelligence, de sensibilité et d'imagination.
2. Be kind, rewind, de Michel Gondry
Je suis d'accord avec le commentaire de Balthazar Castiglione (voir post précédent sur le même blog - sauf pour le côté brouillon, ah et c'est un chef d'oeuvre disons-le).
3. Two Lovers, de James Gray
Par le seul réalisateur américain marxiste, romantique et lacanien. L'histoire d'un amour à la fois humble et splendide.
4. Mister Lonely, d'Harmony Korine
Sujet impossible et pourtant le miracle se produit. Après tout, l'art c'est de la religion.
5. Les Sept Jours, de Ronit et Shlomo Elkabetz
Vive la famille.
6. A Bord du Darjeeling Limited, de Wes Anderson
La grâce. Bientôt au Louvre, départment de la Renaissance Italienne.
7. Vicky Christina Barcelona, de Woody Allen
Qu'on arrête de dire : Ce n'est pas son meilleur. Bon, ça va. On a compris. Il y a des tas de choses qui ne vont pas. Ok. Mais cet homme est un génie, alors arrêtez de râler. C'est un très beau film, subtil (je veux dire plus subtil que l'agitation des Américaines ; c'est un film à regarder comme un tableau, des détails apparaissent que l'on avait pas remarqué la première fois, et qui donnent un sens auquel on n'avait pas pensé. Mais bon on peut toujours regarder l'Annonciation de Francesco del Cossa en disant "pff encore une annonciation"). Et cette actrice blonde dont le nom m'échappe est excellente.
8. Un conte de Noël, d'Arnaud Despleschin
Je crois que j'aime tous les films de cet auteur. Bien sûr que je n'aime pas plusieurs choses dans ce film. Mais quand on est amoureux d'une fille est-ce qu'on dit ses défauts au monde entier ? Non, je ne crois pas.
9. Step brothers, d'Adam Mc Key
Dans la lignée de De l'influence des rayons gamma sur la croissance des marguerites (Paul Newman) et de Ordinary People (Robert Redford - que l'on peut aussi citer pour avoir joué dans les deux meilleurs reprises non-sorties au cinéma cette année, deux chefs d'oeuvre : Pat Garrett et le Kid -avec Newman et Nos Plus Belles Années, de Pollack (The Way We Were : avec Streisand, j'aime ce film ! il faut le voir vraiment vraiment). Ce film se révèlera (on peut dire ça de l'ensemble des films de la bande Apatow) comme tenant la même place dans l'histoire du cinéma que les écrits de Barthélémy Prosper Enfantin dans celle de la critique sociale.
10. The Rocker, de Peter Cattaneo
Rien d'aussi émouvant depuis le Voleur de bicyclette (les deux films ne sont pas sans rapport). Et puis, ça me rappelle pas mal d'amis de ma jeunesse banlieusarde (et sans doute moi aussi... même chose pour Step Broters).
11. (un top 10 a toujours plus de 10 films, c'est la règle) Wall-E
Seulement la première partie, la deuxième est désolante de convention.

Les deux films que j'aurais aimé voir : Quatre Nuits avec Anna de Jerzy Skolimovski (tiens et Wonderful Town dont Balthazar parle très bien). Et le Depardon. Je ne parle pas des films que je n'ai pas aimé. Si je devais en parler, une mention spéciale reviendrait à Let's get Lost de Bruce Weber. Comme tout le monde semble aimer ce film, je peux le critiquer sans paraître m'attaquer à un pauvre film sans défense. Je vais tenter d'être mesuré. Je le trouve horrible. Le moment où Weber fait dire à la mère de Chet Baker combien il était un mauvais fils, combien il a été une déception... C'est simplement dégueulasse. Dans la continuité, la manipulation des femmes de la vie et des enfants de Chet est glaçante. On ne peut pas faire comme si, comme si des saloperies dans un film (dans un documentaire et de la part du réalisateur) pouvaient être oubliées parce qu'il y a de belles images et du talent (sur un autre blog, j'ai parlé de Lenie Riefenstahl, j'exagère, mais il y a de ça). Ethique et esthétique ne sont pas séparables. Voir les films de Depardon. Ou voir le beau documentaire de Charlotte Zwerin sur Monk, Straight no Chaser.

Pour terminer ce top 10 de l'année, il faudrait parler des séries géniales découvertes cette année, comme In Treatment et Mad Men. Un jour, on les trouvera à la Cinémathèque.

(Ce post est dédié à Fernet Branca du blog La Cadillac, les jolies filles et le chocolat. Tout ça c'est du jeu aussi, c'est agréable.)

Martin Page

jeudi 15 janvier 2009

top ciné 2008

1 Two Lovers de James Gray
Vaut-il mieux que les cinq suivants ? Il fallait bien choisir, et je regrette déjà. Infiniment plus ambigu qu'il n'y paraît, Two Lovers est un faux film mineur, une oeuvre drôle et bouleversante.
2 Un Conte de Noël d'Arnaud Desplechin
Le digne successeur de Rois et Reines. Pour son récit foisonnant, sa mise en scène ample et fluide, son comique absurde.
3 Wonderful Town de Aditya Assarat
J'ai déjà dit, dans une précédente note, tout le bien que je pensais de ce film...
4 Valse avec Bachir d'Ari Folman
L'audacieux "documentaire d'animation" boudé à Cannes est une splendeur visuelle, doublée d'un travail passionnant sur l'histoire et la mémoire.
5 No Country For Old Men de Joel et Ethan Coen.
Fargo sudiste, No Country For Old Men perd en sarcasme ce qu'il gagne en suspense. La mise en scène est limpide, le récit implacable et les acteurs, exceptionnels.
6 Cloverfield de Matt Reeves
Blockbuster efficace doublé d'une improbable love story, Cloverfield interroge l'Amérique de l'après-11 septembre avec une naïveté convaincante.
7 Be Kind, Rewind de Michel Gondry
Sous des airs légers et brouillons, Be Kind, Rewind travaille l'idée de mémoire et célèbre la communauté. Quelque part entre Eternal Sunshine... et Dave Chapelle's Bloc Party.
8 Quatre Nuits avec Anna de Jerzy Skolimovski
Le retour, après dix-sept ans d'absence, de Jerzy Skolimowski. Moralité : l'amour ne laisse qu'un trou dans le décor... D'une noirceur à peine croyable.
9 Tokyo Sonata de Kyoshi Kurosawa
Kyoshi Kurosawa ne renonce qu'en apparence à filmer des fantômes ; probablement son plus beau film depuis Kaïro.
10 Le Silence de Lorna de Luc et Jean-Pierre Dardenne
Un Dardenne de très haute volée, rythmé comme un polar, politique dans le meilleur sens du terme.

11 Les Sept Jours de Ronit et Shlomo Elkabetz
12 Rumba de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy
13 Step Brothers d'Adam McKay
14 En Construction de Jose Luis Guerin
15 The Dark Knight de Christopher Nolan
16 Speed Racer de Larry et Andy Wachowski
17 La Soledad de Jaime Rosales
18 De la guerre de Bertrand Bonnello
19
My Magic d'Eric Khoo
20 La Vie Moderne de Raymond Depardon

21 Les Plages d'Agnès d'Agnès Varda 22
Diary Of The Dead de George A. Romero 23 Wall-E de Andrew Stanton 24 Appaloosa d'Ed Harris 25 Interior Design de Michel Gondry 26 Pinneaple Express de David Gordon Green 27 Lake Tahoe de Fernando Eimbcke 28 Entre les Murs de Laurent Cantet 29 Capitaine Achab de Philippe Ramos 30 Bons baisers de Bruges de Martin McDonagh 31 Sweeney Todd de Tim Burton 32 Forgetting Sarah Marshall de Nick Stoller 33 It's a Free World de Ken Loach 34 Peurs du Noir de Blutch, Charles Burns, etc. 35 Louise Michel de Gustave Kervern et Benoît Délépine 36 Gomorra de Matteo Garrone 37 Tropic Thunder de Ben Stiller 38 There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson 39 Phénomènes de M. Night Shyamalan 40 A Bord du Darjeeling Limited de Wes Anderson 41 L'Heure d'Eté d'Olivier Assayas 42 Hellboy 2 de Guillermo del Toro 43 Septième Ciel d'Andreas Dresing 44 Burn After Reading de Joel et Ethan Coen 45 Seuls Two d'Eric et Ramzy 46 Merde de Leos Carax 47 Hunger de Steve McQueen 48 Afterschool d'Antonio Campos 49 La Belle Personne de Christophe Honoré 50 Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen.

Je promets de les voir prochainement, d'une façon ou d'une autre : Dans La Vie, Julia, Le Premier Venu, L'Echange, Ploy, Let's Get Lost, L'Eté Indien, Versailles, Back Soon, Woman On The Beach, Dans La Ville De Sylvia, L'Homme de Londres, La Frontière de l'Aube, The Visitor, Stella, L'Un Contre l'Autre...

Prix de la déception : Doomsday / Babylon A.D.
Prix du beau film sur-estimé : There Will Be Blood.
Prix de l'auteur en petite forme : Woody Allen pour Vicky Cristina Barcelona.
Prix de la merde encensée par le public sensible aux questions sociales : El Bano del Papa.
Prix du film aussi virtuose que stupide : Funny Games.
Prix de la comédie vulgaire, idiote, platement réalisée et régulièrement drôle : You Don't Mess With the Zohan.
Prix du plus beau moment dans un film par ailleurs moyen : le plan-séquence dit "de la plage" dans Come Back To Me.
Prix du film décevant les promesses de son premier quart d'heure : Indiana Jones and The Kingdom of The Crystal Skull.
Prix de la reprise : De l'Influence des Rayons Gamma sur le Comportement des Marguerites.

jeudi 25 décembre 2008

mister lonely rencontre mister lonely


J'avais téléphoné à quelques amis pour leur proposer de m'accompagner voir le nouveau film d'Harmony Korine. Mais ce nom fait fuir, je ne sais pas pourquoi. Je parlais du film, captant l'intérêt, puis je disais "Au fait, c'est un film d'Harmony Korine", et on me raccrochait au nez (en maugréant en breton ou en picard -les membres de la petite marchande de bombes appartenant tous à une de ces deux cultures).
Je ne connais Korine que comme scénariste de Larry Clark (pas ma tasse de thé), ses films me sont inconnus. Mais le titre, Mister Lonely, et l'amorce, un sosie de Michael Jackson rencontre une sosie de Marilyn Monroe à Paris, m'excitait.
Je suis donc allé seul au Reflet Medicis ce mardi 23 décembre. Je me suis dit que j'allais retrouver d'autres adeptes. J'arrive juste à l'heure pour la séance, j'entre dans la salle. Il n'y a personne. Passé un moment de surprise, j'ai trouvé ça merveilleux d'avoir la salle pour moi seul, et puis c'était adapté au titre du film : j'étais Mister Lonely. Sur l'écran et dans la salle, ça serait la même chose, pas forcément la même chose, mais une même famille. J'y ai vu un signe, le signe que ce film et moi devions nous rencontrer. J'étais amoureux du film avant même qu'il commence. Mon corps électrique était parcouru de frissons.
L'heure de la séance était dépassée depuis cinq minutes. Je m'étonnais d'un tel retard, dans ce cinéma ce n'était pas habituel. Rien lors de cette soirée ne l'était. La magie a continué alors que les lumières étaient encore allumées : une jeune femme est sortie des toilettes et s'est installée deux rangs derrière moi. Nous étions deux. Puis un homme est entré, un couple, un autre couple. Nous étions sept. J'étais heureux, j'avais l'impression de recruter des camarades de conspiration. Ils étaient en retard parce qu'ils avaient déjoué des pièges et des systèmes de surveillance. Nous étions complices, comme dans un film sur l'occupation allemande en France, quand les résistants se retrouvent dans un cinéma, seul lieu de liberté (est-ce dans L'Armée des Ombres ?). Oui, il y avait une ambiance à la Dirty Dozen, à la Wild Bunch. Mon téléphone sonne. C'est Mhamed (je viens d'apprendre qu'il a un poste à Florence pour l'année prochaine). Je lui propose de venir assister à Mister Lonely (sans lui révéler le nom du metteur en scène, heureusement car s'il l'avait su, me dira-t-il plus tard, il ne serait pas venu). J'ai le sentiment d'être un recruteur pour un réseau clandestin. Il est à Palais Royal, il arrive. Il entrera dans la salle dix minutes après le début du film (il a apporté de la nourriture, une blanquette de veau je crois, une demi-baguette et une tranche de Gouda au cumin, il se tient à l'écart le temps de dîner ; il s'asseoit à côté de moi quelques minutes plus tard).
Alors voilà, ce film est une merveille. Il pourrait paraître grotesque (les sosies qui vivent tous dans un château en Écosse ; ces nonnes qui sautent d'un avion sans parachute -scène d'une beauté sidérante-; Werner Herzog en curé, Denis Lavant en Charles Chaplin, Anita Pallenberg en reine d'Angleterre), mais il est magique, tendre et brillant. Sans conteste le meilleur film de l'année (avec Valse avec Bachir et, pour Mhamed, Lola Montes, que je n'ai pas encore vu, je vais faire ça un de ces prochains jours). Un film de freak sur des freaks pour les freaks (and geeks éventuellement) et les misfits.
Hier j'ai reçu les épreuves d'un livre collectif (43 écrivains à l'affiche) que j'édite avec Thomas Reverdy (aux éditions Intervalles) : Collection Irraisonnée de Préfaces à des Livres Fétiches. Je suis heureux et fier, les contributions sont toutes excellentes. Pour finir, une citation de circonstance, extraite de Petites Épiphanies de Caio Fernando Abreu :
"Joyeux, joyeux Noël. Nous le méritons bien."

Putain, oui, nous le méritons.

Martin Page

jeudi 4 décembre 2008

Sans un bruit – cinquième opus de la série « Donjon : Potron-Minet », écrit par Lewis Trondheim et Joan Sfar, dessinée par Christophe Gaultier

Pour ceux qui ne connaissent pas la série de bandes-dessinées initiée par Joan Sfar et Lewis Trondheim, je vous conseille vivement le site : http://www.bibou.org/donjon/murmures.php?page=aparaitre et la lecture des trois premiers "Donjon Zénith", vraiment très drôles et des Potron-minet + Mon fils le tueur le magnifique opus dessiné par Blutch... pour commencer !

Il y a un peu de Vingt ans après dans le début du cinquième volume de la série « Donjon – Potron-Minet », Sans un bruit. Le comte Arakou de Cavallère, père du héro, Hyacinthe de Cavallère a.k.a La chemise de la nuit, étranger en son propre château et dans l’époque initiée par son fils, part à la recherche de ses anciens camarades de guerre. Prêts à reprendre les armes ? Non, plutôt à ouvrir une coopérative de vieux soldats ou cultiver une vigne…
Les lecteurs de « Donjon » le savent, le très grand nombre de collaborateurs à la série assure la création d’un monde (un Donjon, trois époques – Zénith, Potron-minet, Crépuscule – et deux séries parallèles sur des personnages ou actions secondaires – Parade et Monsters) mouvant et protéiforme. Les recoupements constants entre les histoires, souvent drôles, quelquefois tragiques, sont assez jouissifs, de même que la confrontation des styles de dessins de différents dessinateurs sur un même personnage/lieu enrichit le monde ainsi créé. Tout cela tient bien entendu à la grande qualité des scénaristes, le duo éprouvé Trondheim/Sfar (accessoirement, ils jouent tous les deux du ukulélé) et des dessinateurs. On retrouve les stars de la bd française - Larcenet, Blutch, Menu, Blain, Stanislas et des auteurs plus confidentiels Yoann, Killofer... Loin d’imposer un trait à l’ensemble de la série, Trondheim/Sfar collaborent avec des dessinateurs dont l’univers est loin de celui de « Donjon », leur laissant toute liberté de plier ce monde d’heroic fantasy à leur style de dessin, souvent fort et reconnaissable (bonne représentation des dessinateurs qui publient(aient) à « L’Association » et qu’on n’attend pas forcément dans ce type de série). D’où un renouvellement certain du genre et un retour aux sources de l’aventure, avec références littéraires et philosophiques. Bref, on est plus près de Dumas, Cervantès ou Tolkien que de Lanfeust.


La chemise de la nuit par, de gauche à droite, par Blutch, Blain, Yoann, Nine et Gaultier



Et puis, c’est toujours intéressant, la répétition d’un motif et d’un système permet d’apprendre pas mal de chose sur les particularités ainsi mises à jour des différents auteurs et dessinateurs. Le concept de la série induit de facto beaucoup de MetaBD. Le duo de scénaristes, seule chose qui ne se modifie pas, est ainsi à la merci de l’inspiration, du découpage et des choix narratifs des dessinateurs et, même avec deux personnalités aussi fortes que Trondheim/Sfar, il n’est pas difficile de voir chaque dessinateur se saisir de l’histoire. A cet égard, « Donjon » est aussi un formidable vivier de découvertes de talents (et aussi le vecteur de quelques déceptions pour certains dessinateurs appréciés dans d’autres domaines). La série est en elle-même porteuse de succès, les créateurs assez reconnus pour laisser leur chance à des dessinateurs plus à la marge.
Ce n’est pas tout à fait le même processus de création, ni bien sûr le même support, mais «Donjon » est ce qui me semble se rapprocher le plus des séries américaines récentes, avec pléthores de scénaristes et de réalisateurs. Un vrai travail de création collectif dans un pays qui en montre peu d’exemples.
Mais la série a aussi ses limites, inhérentes au concept : qualités des albums inégales, mariages ratés et multiplications des albums « one shot » au dépend des séries principales, qui sont la clé de voûte du « Donjon », et qui ne tiennent pas toujours ce rôle (baisse de régime dans les derniers albums de la série Zénith, dont les personnages et l’unité temporelle ont été très exploités dans les séries parallèles).
De ces trois séries principales, réservées dans un premier temps aux maîtres d’œuvre puis reprises après quatre ou cinq épisode par d’autres dessinateurs - Boulet et Kerascoët - la période Potron-minet est certainement celle qui a le mieux joué son rôle. Dessinée par Christophe Blain, le créateur du blockbuster Isaac le Pirate, les quatre premiers albums posent les bases d’une histoire forte, celle de la construction du Donjon par Hyacinthe de Cavallère, jeune comte provincial naïf et chevaleresque qui découvre le monde dans la grande ville Antipolis sous la protection de son oncle, homme d’affaire qui causera la perte de la ville (l’homme a un projet fou : un métro pour désengorger les rues !). Face aux perversions et aux désenchantements d’Antipolis, Hyacinthe devient La chemise de la nuit, un justicier à l’ancienne mode. Récit initiatique donc, qui voit triompher le désespoir et le cynisme sur la galanterie et le panache.
L’époque moderne, quoi.

La réussite des ces quatre albums tient à l’alliance de la cruauté bonne enfant de Trondheim (qui a fait des émules dans tout « Donjon »), la portée philosophique de Sfar et surtout, ce qui manque à beaucoup d’albums de la série, le talent parfait de Blain à raconter une histoire. Pas une anecdote, une historiette, ou une blague développée mais une histoire équilibrée, avec des enjeux forts, des personnages parfaitement sentis et, ce qui fait le sel de Potron-minet, le spleen. Nostalgie d’un monde disparu, d’une jeunesse qui s’enfuit, d’un amour sacrifié... Potron-minet, pour narrer la création du Donjon, c’est noir et triste.
Difficile, dans ses conditions, pour Christophe Gaultier de succéder à Blain pour le cinquième opus de P-M « Sans un bruit ». D’abord, parce qu’on en veut un peu à Blain de laisser tomber cette histoire qu’il a si bien portée. Et puis aussi, pour l’album lui-même, décevant. Pas par le dessin, qui est peut-être ce que je préfère : personnel, fluide, stylé. Mais pour la construction du récit.
Le signe infaillible d’un film/livre raté, c’est de ne pouvoir en trouver le sujet. Chez Blain, pas de problème, le sujet est dans le titre (l’esprit de synthèse acéré de Blain, toujours). Dans Sans un bruit, le récit commence et narre abondamment les pérégrinations du père de Hyacinthe et d’Alexandra, pas franchement passionnantes, avec des rebondissements un peu compassés (et l'ancien ami qui se révèle être un traître, et le jeu père-fille vaguement incestueux). Il faut attendre la page 43 (sur un album qui en fait 48 !) pour voir apparaître La chemise de la nuit et comprendre où veut en venir l’histoire (la vengeance de La chemise de la nuit, son adoption définitive des méthodes de combat modernes contre les méthodes chevaleresques, soit l’assassinat dans le sommeil vs. le duel). Certaines situations sont porteuses de sens, et par là dramatiques (l’intervention de Jean-Michel dans le meurtre d’Arakou, particulièrement glaçante ; les méthodes pour prendre le pouvoir sur la reconstruction de la ville) mais elles sont évacuées en 2/2 au profit de certains personnages vraiment ratés - l’ami fou d’Arakou, Miguel - qui sont censés garantir une tonalité comique ( ?) mais qui se révèlent plutôt embarrassants.
D’où cette impression constante de déséquilibre de l’action, que l’on retrouve dans le dessin avec de très petites cases au début de l’album contenant des dessins très denses (assez désagréable à lire) et des cases élargies avec une action tronquée en fin d’album (frustrant mais déjà plus intéressant). Un récit mal construit donc, avec des choses intéressantes, mais de mauvais choix dans le développement. Ce défaut de timing gâche pas ailleurs une des particularités de l’album, le trash du dessin et des situations, qui pourrait être une marque de fabrique, un supplément, du nouveau dessinateur dans les prochains albums. RV pour le prochain, donc…

Un dernier commentaire sur une actualité « Donjon » : le dernier «Monsters », Le grimoire de l’inventeur, dessiné par Nicolas Kéramidas (que je ne connaissais pas du tout) est à conseiller. Le dessin peut rebuter (très rond, très Walt Disney), mais l’histoire est vraiment bien foutue et originale.
Une toute dernière chose : à quand un épisode dessiné par david B. ????? Allez, quoi…

dimanche 30 novembre 2008

dimanche soir (I've got a feeling I don't want to know )

"Tea — unless one is drinking it in the Russian style — should be drunk without sugar. I know very well that I am in a minority here. But still, how can you call yourself a true tealover if you destroy the flavour of your tea by putting sugar in it? It would be equally reasonable to put in pepper or salt. Tea is meant to be bitter, just as beer is meant to be bitter. If you sweeten it, you are no longer tasting the tea, you are merely tasting the sugar; you could make a very similar drink by dissolving sugar in plain hot water."
George Orwell
Tu as raison George, nous sommes en minorité.
Je lis Vie Secrète de Pascal Quignard, et ça me plaît beaucoup, même si je ne suis pas certain de toujours le suivre. En tout cas, c'est un livre riche, inspirant, magique. Je picore.
Dans ce livre nécessaire (collection d'articles, d'entretiens, courts essais) Entre mythe et politique, Jean-Pierre Vernant écrit : "On avance avec le temps, mieux vaudrait dire : on est déplacé, non d'un bloc mais par morceaux pour se retrouver au terme là où on croyait devoir aller, ailleurs dans son chez-soi, autre dans sa façon de demeurer le même."
Voilà, nous sommes dimanche soir, je viens de manger un toast trop grillé (mais ce goût me rassure je ne sais pas pourquoi, il me connecte à une époque, à des gens, du passé).

martin page

mercredi 26 novembre 2008

two lovers : amour, maladie et classes sociales


Je suis allé voir Two Lovers hier soir avec les garçons (l'équipe de la petite marchande de bombes) et toxicavengeresse. Deux camps à la sortie (enfin trois, puisque la question step brothers est revenue). Celui de ceux qui trouvaient la fin triste et celui de ceux qui la trouvaient, non pas joyeuse, mais tournée du côté de la vie. Je ne suis pas doué pour analyser les choses sur le long cours, voilà quelques mots un peu désordonnés (je suis désolé, mon travail me lance des miaous déchirants) sur ce film (qui a des ressemblances avec step brothers), une grande oeuvre sur la maladie et l'amour. L'histoire. Joaquin Phoenix est maniaco-dépressif, il a été fiancé à une femme qui, dit-il, l'a quitté car ils étaient tous les deux porteurs d'un gêne rare les empêchant d'avoir des enfants. C'était son grand amour, il ne s'en est jamais remis, il garde sa photo près de son lit. Puis vient Sandra, fille du quartier, brune et sage, prévenante et amoureuse. Il est attiré, il l'aime bien, une complicité naît entre eux. une histoire aurait pu commencer. Mais Gwyneth Paltrow arrive. La fille n'a aucun intérêt véritable, mais elle est malade (elle fait une allusion à un problème psy), elle est malheureuse, elle prend de l'ecstasy (on apprendra qu'elle a un problème de drogue plus ancien), son père lui hurle dessus. Elle a des qualités secondaires aussi, elle est blonde, elle montre un de ses beaux seins et elle vient d'un milieu très privilégié, c'est une princesse, déchue, mais elle reste une princesse pour un gamin de Brooklyn. Joaquin tombe amoureux, et il a raison, car ainsi, s'occupant de sa malade aimée, il n'est plus malade, c'est lui qui soigne, alors tout va bien, pour un temps, il est adulte quand il prend soin d'elle, il n'est plus ce gamin qui vit chez ses parents, il est un homme. Sandra la brune qu'a-t-elle à lui offrir ? Pas grand chose, elle est saine, en bonne santé, la pauvre, et pire que tout elle sait qu'il est malade, elle dit qu'elle s'occupera de lui. Cela le fait fuir, il ne veut pas de cette amour maternel, il a déjà une mère. Il sort avec Gwynteth, il est auprès d'elle à l'hôpital, il est là, fort, responsable. Quand Gwyneth quitte son amant marié, ils sont décidés à partir à San Francisco et son Golden Gate Bridge archétype lieu du suicide, c'est à dire qu'ils vont vers la mort, tous les deux trop fucked up, c'est évident ça finira comme ça. Mais non, heureusement, le mari idiot divorce et récupère l'idiote Gwyneth (ils viennent du même milieu et puis il a l'âge de son père, alors c'est parfait, l'endogamie est préservée, voilà de la tragédie, voilà ce que pense Gray du libre arbitre). Joaquin pourrait se tuer. Cela serait logique, tout est fait pour l'amener vers cet océan dans lequel il s'est laissé tomber au début du film, ça serait une fin triste classique. Mais il réfléchit ; peut-être qu'il a enfin compris quelque chose sur Gwynteh, il a compris qu'elle n'était rien, qu'elle n'existait que par sa maladie, ça les rapprochait c'est sûr, mais c'était factice ; il n'en a pas besoin, il a sa maladie bien à lui, il ne pourra jamais l'effacer. Mais cette histoire avec Gwynteth n'a pas été vaine : pendant un moment il a été adulte, il a vu qu'il pouvait être là pour quelqu'un, être utile. Et puis il a enfin jeté la photo de son grand amour passé. Cette histoire l'a transformé en homme, il n'est plus l'enfant de quarante ans qui vit chez ses parents (voir step brothers). Il fait un choix, parce qu'il est malade, mais cela n'empêche pas de faire des choix, au contraire. Et il va vers l'amour ; il reprend l'histoire interrompue. Peut-être qu'il ne l'aime pas passionnément cette Sandra, mais ça viendra, et ça ne sera pas moins fort que l'amour spontané et égoïste pour Gwyneth Paltrow, ce mirage ; ça sera un amour adulte, c'est effrayant et merveilleux, il y aura peut-être plus de tendresse que de passion, ça sera compliqué mais plein de douceur, il y va. C'est une fin antiromantique, belle, réelle ; bien sûr, c'est de la tragédie, nous ne sommes pas tout à fait libres, mais nous avons une marge de manoeuvre, assez large pour des sourires et des baisers ; Joaquin Phoenix n'est plus un enfant, mais un adulte qui a besoin de soins, d'une famille, de stabilité, il a besoin de donner de l'amour et d'en recevoir. Une vie qui ressemblerait à celle de la famille qui a échappé aux nazis (après bien des épreuves personnelles) à la fin de The Sound of Music, de Wise, le film préféré de Sandra, et qui trouve refuge en Suisse, dans une Europe en guerre. Joaquin Phoenix répond à Sandra, gênée de citer ce film à la réputation mièvre, que c'est un film sousestimé. La clef du film est dans cette phrase. L'amour qui va les unir est sousestimé, tant pis pour ceux qui l'ignorent, ils vont le vivre, ils en savent la beauté.
(Comme le titre rappelle two sisters des Kinks, voilà une bonne occasion d'écouter cette chanson.)


martin page